L’image par excellence d’Ambiorix l’Éburon, son icône, est la statue de Jules Bertin (1826-1892) au pied de la basilique de Tongres. Il deviendra la référence de tous les Ambiorix à venir. Dès 1859, Tongres s’impose comme lieu d’érection de la statue d’Ambiorix, après son identification, rejetée de nos jours, à l’Atuatuca Eburonum des Gaulois, alors que celle à l’Atuatuca Tungrorum des Romains est incontestable. Entre l’une et l’autre, il y certainement eu délocalisation, ou « déperchement ».
La statue du « plus rude adversaire de César, [du] plus fier champion de l’indépendance belge » est inaugurée le 5 septembre 1866, en présence du roi Léopold II (1835-1909), récemment couronné (17 décembre 1865), et de la reine Marie-Henriette (1830-1902). Le ministre de l’Intérieur Alphonse Vandepeereboom (1812-1884) est également là, lui qui fut, avec son prédécesseur Charles Rogier (1800-1885), le plus ardent promoteur de la sculpture et de la peinture nationalistes, inventant l’histoire plus souvent qu’elles ne l’illustrent.
Ambiorix se présente debout, jambe droite avancée, bras gauche replié, main sur la poitrine dénudée, prêt à la harangue. Il est vêtu d’une sorte de long caleçon moulant, apparemment lacé de cuir, soutenu par une large ceinture, ainsi que d’une cape en fourrure nouée par les pattes de l’animal autour de ses épaules, des chaussures complétant son équipement vestimentaire. Ambiorix porte par ailleurs sur la tête moustachue et abondamment chevelue, un casque pourvu de deux ailettes, qui appartiennent en fait à un quadrupède évoquant un dragon, dont la queue forme le panache du casque.

Photos, Guido Schalenbourg, © Musée gallo-romain, Tongres.
L’Éburon porte à la ceinture, côté gauche, une épée suspendue au moyen d’une chaîne. Dans sa main droite apparaît une hache. Comme il foule du pied droit deux fasces romains (qui ont, justement, perdu leur extrémité en forme de hache (securis), nous ne doutons pas que celle qui se trouve dans la main de l’Éburon, à la forme ad hoc, est un trophée et non une arme. Sa victoire est consommée. Jules Bertin devait savoir que les fasces n’accompagnaient pas n’importe qui. C’est bien à une victoire sur Jules César, proconsul en Gaule, accompagné de licteurs porteurs de fasces, et non sur Quintus Sabinus et Lucius Cotta, simples légats du général, qu’il est fait allusion ici. Il foule aux pieds une couronne de laurier d’ailleurs : sa victoire sur César fut assurément décoiffante…
Ambiorix, s’il faut en croire Florent Ulrix, avait « le tort de n’être qu’Éburon. C’était le petit Belge de l’époque ». La plupart des Belges, en tout cas, savent qui est Ambiorix, et le connaissent grâce à la statue de Jules Bertin qui d’image est devenue icône. Il a acquis un visage.

Photos, Guido Schalenbourg, © Musée gallo-romain, Tongres.
Il deviendra vraiment célèbre grâce à l’aquarelle de Jean-Léon Huens (1921-1982) traduisant la statue de Jules Bertin, une œuvre réalisée pour la série « Nos Gloires », où Ambiorix figure à côté de tant d’autres. Toutes ces images étaient destinées à être collées dans un album et s’obtenaient en échange de timbres à découper sur l’emballage de produits de consommation courante. Tout « petit Belge » qui avait l’âge pour cela entre la fin des années 1940 et le début des années 1960 les a collectionnées.
Par Eugène Warmenbol, Professeur de l’Université libre de Bruxelles
Retrouvez son histoire dans l’album Ambiorix : https://galliavetus.fr/ambiorix/
